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Dossier de Presse
INFRA
Photographs by : RICHARD MOSSE
Wars
APERTURE
2011


Le photographe irlandais Richard Mosse a transgressé les règles de la photo documentaire en y introduisant un filtre couleur des plus particuliers.
Il y a dans ces photographies de milices congolaises signées Richard Mosse un effet vintage qui peut déranger. Celui d’un medium emprunté aux glorieuses années du pop art, démocratisé sur les pochettes d’albums de rock ou les affiches à l’esprit psychédéliques ou kitsch. Le même type d’effet qui interrogea il y a peu sur la qualité ces images d’Afghanistan, prises grâce à l’application iPhone Hipstamatic par Balazs Gardi ou Damon Winter. Le journaliste James Estrin y a réagi en ces termes dans le blog photo du New York Times: “Est-il vraiment important de savoir quel appareil Damon Winter a utilisé pour créer ces belles images composées? Je ne pense pas. Ce sont les images qui importent, c’est le photographe qui prend la photo, pas l’équipement. Il n’importe qu’à peu de monde de savoir quelle machine à écrire utilisait Hemingway.”

C’est donc avec un film infrarouge, le Kodak Aerochrome, que Richard Mosse est parti à la rencontre de groupes rebelles dans l’est du Congo. Des hommes en alerte, dont l’allégeance varie constamment, bataillant de façon nomade dans une zone de guerre à l’allure de jungle, où les embuscades, les massacres ou les violences sexuels sont pratiques fréquentes. Pour documenter ou illustrer ces histoires tragiques, on laissera le choix du verbe, le photographe a tenu à la distance. Une distance au sens propre du terme, engendrant des photographies de miliciens plus « tranquilles » que les soldats de Damon Winter : les hommes au repos ou en marche, à l’écart des combats, se réunissant dans un village, posant arme à la main pour l’objectif. Une distance réelle dans ces paysages ou cadrages en grand angle. Une distance aussi, dans l’approche, moins purement photo journalistique, d’avantage aux frontières entre art, documentaire et fiction. Les images d’Infra, avec leurs couleurs désaturées, pourpres ou rose bonbon, pourront désensibiliser sur l’horreur de la guerre ou au contraire donner l’impression d’un monde toxique et révoltant. Comme ses petites camarades venues d’Afghanistan, elles invitent à nouveau à la réflexion et au dialogue sur les pratiques modernes.

Jonas Cuénin