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Dossier de Presse
THIS IS THE DAY
Photographs by : LEONARD FREED
Society
J.PAUL GETTY MUSEUM PUBLICATIONS
2013


L’ouvrage reprend le fil du jour non-anodin de l’été 1963 ou Martin Luther King Jr. prononça le triomphal “I have a dream”, dans un discours dressant un portrait cinglant des Etats-Unis, capitalistes et inégalitaires : “L’Amérique a donné aux Noirs un cheque en bois, un cheque qui est revenu avec l’indication ‘fonds insuffisants’. Mais nous refusons de croire que la banque de la justice a fait faillite.”.

Les mots sont entêtants, ils sont prononcés intelligiblement par King, chantés à gorge déployée par les marcheurs pacifiques, écrits en majuscules sur les pancartes, banderoles et prospectus. Les lettres se mêlent, et ensemble font sens, tout comme les milliers de personnes réunies devant le mémorial de Lincoln ce 23 août. Avec cet editing chronologique, on voit l’histoire en train de s’écrire, les plans larges laissent peu à peu la place aux portraits rapprochés, la place désertée se gonfle de corps glorieux pour quelques heures historiques avant de s’aplatir de nouveau, recouverte d’un tapis de tracts.

Leonard Freed se noie dans la foule pour montrer les vrais participants du changement, jeunes et vieux, femmes et hommes, noirs et blancs, têtes à perte de vue qu’il sort de l’anonymat en les portraiturant. Il décompose les chants en plusieurs prises. En ressort une mélodie communicative et paisible, comme celle de cette jeune fille qui s’égosille de joie après un regard complice au photographe et dont on lit les paroles optimistes sur les lèvres. Au paroxysme suit le calme, que l’on contemple comme le fait un homme assis sur une marche face au parc déserté. Les marcheurs sont partis mais la pelouse reste maculée de prospectus blancs, annonciateurs d’un changement durable et d’une lutte qui ne se gagne pas en un jour, aussi mémorable soit-il. Vingt ans plus tard, pour célébrer l’anniversaire de la Marche, Freed retourne à Washington. Ce n’est pas la même ambiance : bras croisés, mines renfrognées, tenues relâchées, certains marcheurs se dressent au milieu de l’eau. Le rêve n’est pas noyé, le combat est toujours d’actualité, et l’unité toujours possible. Publié cinquante ans plus tard, l'ouvrage palpite encore des revendications de ce jour historique.

Laurence Cornet (lejournaldelaphotographie.com)