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DELHI: COMMUNAUTES CHOISIES
Photographs by : Sunil GUPTA & Charan SINGH
Human rights
THE NEW PRESS
2016


Les dix-sept personnes présentées dans l’ouvrage de Sunil Gupta et Charan Singh, Delhi: Communities of Belonging (Dehli : Communautés choisies) sont des jeunes et des vieux, célibataires ou mariées, des riches ou des ouvriers, et représentatives de divers genres et identités sexuelles. Qu’est-ce qui les unit ? En dehors de la ville qu’elles considèrent comme leur foyer, elles partagent un désir de liberté, de sécurité et de compréhension, dans un pays où elles ne sont pas également protégées par la loi.
En Inde, la section du code pénal considérant comme un crime d’avoir des relations sexuelles avec une personne du même sexe a été dépénalisée par le Tribunal Supérieur de Dehli en 2009, permettant à de nombreux Indiens LGBTQ de faire leur coming out et de s’organiser comme jamais auparavant. Mais la décision a été inversée par la Cour Suprême en 2013, renvoyant la communauté LGBTQ dans l’incertitude.
« Même si les gens vivent beaucoup plus ouvertement aujourd’hui, il reste toujours cette idée que c’est illégal dans ce pays, et si le gouvernement décide demain de prendre des mesures contre ces pratiques, nous sommes déjà tellement exposés que nous pourrions avoir beaucoup de problèmes », écrit un homme dans le livre.
Beaucoup d’hommes et de femmes de Delhi racontent leur expérience de ces évènements politiques récents – mais aussi plus largement leurs histoires personnelles – dans des textes écrits à la première personne, qui accompagnent leur portrait pris à domicile ou dans des espaces publics. Il en ressort une réflexion sur le flou étrange dans lequel se retrouvent aujourd’hui les Indiens LGBTQ. Le livre est une célébration de la vie et de l’amour, mais aussi un signal d’alarme. Les personnages de Gupta et Singh sont résistants, mais bien conscients de la précarité de leur position dans la société indienne.
Gupta et Singh sont tous les deux auteurs d’une œuvre précédente consacrée au genre et à la sexualité en Inde. La série récente de Gupta, Mr. Malhotra’s Party (La Fête de M Malhotra) collecte par exemple des portraits d’habitants queers de Dehli pris dans des environnements publics, où les sujets regardent directement l’objectif. Les sujets de la série de portraits studio de Singh, Khotis, Hijras, Giriyas et les autres, s’engagent de façon similaire face à l’appareil.
Dans Delhi, le style se rapproche bien plus du documentaire traditionnel que dans ces deux œuvres. Par conséquent, les images n’ont pas leur poésie, mais cette faiblesse est compensée par des sujets fascinants et des histoires puissantes.
Si tous ces individus sont en danger en Inde, les plus chanceux sont conscients que leur expérience diffère largement de ceux dont le genre, la classe, le lieu de vie ou l’apparence représentent un véritable péril – comme Jatin, appartenant à la communauté des Dalits (les Intouchables), qui a été contraint d’épouser une femme avec laquelle il vit toujours.
« Il y a deux types de personnes : celles qui sont incroyablement courageuses et celles qui ont le privilège de faire ce qu’elles font », écrit Gautman, élevé aux Etats-Unis, qui a toujours affirmé ouvertement sa sexualité partout où il travaillait en Inde.
« Si ma liberté personnelle est menacée, j’ai des amis et une communauté pour me soutenir, je peux donc me permettre de prendre un risque », écrit une femme, Deepti.
Les expériences diffèrent d’une génération à l’autre. L’une des histoires les plus émouvantes du livre est celle d’Anita Dube, artiste contemporaine, la cinquantaine, tombée amoureuse d’une femme lorsqu’elle était à l’université, mais qui affirme qu’elle n’a eu depuis que des relations frustrantes avec des femmes mariées.
« Mon problème a été de ne pas pouvoir vivre une relation dans la durée comme je le souhaitais, vivre avec une autre femme. Je n’ai pas réussi cela, et j’ai 56 ans. Pour un tas de raisons, un changement de loi rendrait plus facile de trouver quelqu’un. J’ai vécu seule pendant vingt ans. Ça fait beaucoup. », écrit-elle.
En effet. Bien sûr, à Dehli, il y a ceux pour qui le 377 a signifié la ruine financière et les difficultés personnelles, mais il est peut-être encore plus déchirant d’apprendre à quel point la loi prive les gens d’amour, la plus fondamentale et la plus porteuse des expériences humaines. Voilà qui met en avant, peut-être plus que n’importe quoi d’autre, le besoin de ce type d’échange que Gupta, Singh et leurs camarades de Dehli recherchent si ardemment.
 
Jordan G. Teicher
Jordan G. Teicher est un journaliste américain et critique basé à Brooklyn, New York.

 

 
The 17 individuals featured in Sunil Gupta and Charan Singh’s book, Delhi: Communities of Belonging are young and old, single and married, affluent and working class, and representative of diverse gender and sexual identities. What unites them? Besides the city they call home, they share a yearning for freedom, safety and understanding in a country where they lack equal protection under the law.
In India, the section of the penal code that makes sex between people of the same gender a crime, 377, was decriminalized by the High Court of Delhi in 2009, allowing many LGBTQ Indians to come out of the closet and organize like never before. But the ruling was overturned by the Supreme Court in 2013, sending the LGBTQ community back into uncertainty.
“Even though people are more out today, there is that thing in the back of the mind saying this is still illegal in this country and tomorrow if they decide to crack down on it, we are too exposed already, so we would be in a lot of trouble,” one man writes in the book.
Many of the men and women in Delhi recount their experience of these recent political events—as well as their extended personal histories— in first-person texts, which accompany photos of them at home and in public. What emerges is a reflection of the strange limbo in which LGBTQ Indians find themselves today. Sometimes, the book reads like a celebration of life and love and other times like an alarm. Gupta and Singh’s characters are resilient, but they are realistic about the precariousness of their position in Indian society.
Gupta and Singh have previously created work that address gender and sexuality in India. Gupta’s recent series Mr. Malhotra’s Party, for instance, collects environmental portraits of queer Delhi residents in public places, all gazing directly at the camera. The individuals in Singh’s series of studio portraits, Kothis, Hijras, Giriyas and Others engage the camera in a similar way.
The photography in Delhi, meanwhile, is much closer to traditional documentary than both of those works, and as a result the individual images lack some of the poetry of the pair’s previous artistic efforts. But what the book sometimes lacks aesthetically, it makes up for with its compelling subjects and brisk but powerful stories.
While all these people are imperiled in India, the most fortunate among them are aware that their experience is vastly different from those whose gender, class, location or appearance make them at greater risk—like Jatin, who belongs to a community of Dalits (“untouchables”) and who was forced to marry a woman, with whom he still lives.
“There are two kinds of people: those who are extraordinarily brave and those who have the privilege to do what they do,” writes Gautam, who was educated in the United States and has been open about his sexuality everywhere he’s worked in India.
“If there is a personal threat to my freedom, I have friends and community who will support me, so I can afford to take a risk,” writes a woman, Deepti.
There are also differences in experiences across generations. One of the most moving stories in the book belongs to Anita Dube, a contemporary artist in her 50s who fell in love with a woman when she was in college, but since then attests that she’s only had unfulfilling relationships with married women.
“My problem has been to not be able to have a long relationship the way I want it—to live together with another woman. I’ve not been able to achieve that and I’m 56 years old. There are so many reason that a change in the legal system would make it easier to find someone. For 20 years I’ve lived alone. That’s a lot of time,” she writes.
Indeed it is. While there are those in Delhi for whom 377 has meant devastating financial and personal hardships, it’s perhaps most heartbreaking to learn about the ways the law deprives people of love, that most fundamental and life-affirming of human experiences. This, perhaps more than anything else, underscores the need for the kind of change that Gupta, Singh and their comrades in Delhi so urgently seek.
 
Jordan G. Teicher
Jordan G. Teicher is an American journalist and critic based in Brooklyn, New York.