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Shebeen blues
Fotografías de: Ananias Léki Dago
Racismo
ÉDITIONS GANG
2010


Sous l’Apartheid, les Noirs n’avaient ni le droit de se réunir ni celui de consommer de l’alcool. Dans les townships d’alors, des baraques faisaient office de bars clandestins, les shebeens. Ces shebeens étaient les seuls lieux où la liberté, dans les arrière-cours ou confinée entre des murs, trouvait un exutoire. S’y réunissaient les paumés, les ouvriers, l’alcoolisme ordinaire ainsi que les opposants au régime – la subversion. Les shebeens étaient des creusets, on y oubliait le système autant que s’y fourbissaient les armes de son renversement.

15 ans après la fin de l’Apartheid, que reste-il des shebeens ? Cette réflexion est la genèse de l’oeuvre. Ananias Léki Dago, photographe, est entré dans des shebeens, aujourd’hui. Il a pris le temps de l’observation, s’est posé, s’est s’imprégné de l’atmosphère pour transcrire au plus juste sa perception du réel. Pris au Leica, les clichés d’Ananias Léki Dago se nourrissent de lignes ; des bouteilles, des queues de billards, des fragments de corps se découpent, des mains s’attardent ; des ombres se creusent, se détachent.

L’écrivain Mongane Wally Serote situe sa nouvelle dans un shebeen. Un soir, un ancien résistant au régime de l’Apartheid échange des confidences désabusées avec une femme, solitaire comme lui. Par bribes, il se remémore le passé. Le shebeen, hier comme aujourd’hui, est un monde en soi ; décrit comme un organisme vivant où la chaleur des corps se mêle aux émanations d’alcool et fumées de cigarettes.

Entre la nouvelle désenchantée de Serote et les fragments de silhouettes sur les photos d’Ananias, le lecteur se fait une image du shebeen. Loin d’une vision romanesque, il apparaît comme un lieu fermé, atemporel ; presque ordinaire mais difficile d’accès et d’évasion.


 

 

LES AUTEURS

Ananias Léki Dago
Né en 1970 à Abidjan en Côte d’Ivoire, Ananias Léki Dago s’est formé à l’Institut National Supérieur de l’Action et de l’Animation Culturelle d’Abidjan. En 2000, il initie et coordonne les Rencontres du Sud, le mois de la photographie d’Abidjan dont il assure la direction artistique à la deuxième édition. Récompensé par le prix Kodak de la critique photographique pour son travail, Le train de Negus, en 2004, il est lauréat de la bourse Visas pour la création 2005 de l’AFAA. En 2007, il obtient the Bag Factory Residency Program qui lui permet de travailler 3 mois en Afrique du Sud. C’est le début de son travail photographique sur les shebeens, qui aboutit à une exposition au Goethe Institut de Johannesburg en 2009.

Mongane Wally Serote
Grand écrivain et poète d’Afrique du Sud, Mongane Wally Serote est né dans un township de Johannesburg en 1944. Engagé dès les années 60 dans le mouvement de la Conscience Noire, sa poésie marque profondément la renaissance de l’écriture noire. Après un séjour en prison, il émigre en 1974 aux États-Unis et suit des études de filmologie à Columbia. Puis il travaille au département art et culture au bureau de l’ANC à Londres. De retour en Afrique en 1977, il fonde le MEDU (association d’artistes) au Botswana. Aujourd’hui il dirige le Freedom Park Trust à Prétoria (Institution qui a pour but de conserver et de transmettre la mémoire des luttes et les valeurs de ceux qui les ont portées).