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CHIENS DE LA CASSE
Fotografías de: JEAN-MANUEL SIMOES
Sociedad
EDITIONS HUSSON
2013


La plupart d'entre nous ne mettront jamais les pieds dans un quartier dit "sensible". Parce que nous avons peur, parce que ça ne nous intéresse pas, parce qu'il n'y a rien à voir. Dans la conscience collective, ce monde reste un monde lointain où les fils d'immigrés vendent des drogues et des armes, et mettent le feu aux voitures. Le photographe Jean-Manuel Simoes s'est demandé, il y a quelques années, si la vie derrière ce mur imaginaire qui sépare Paris de ses banlieues était aussi épouvantable qu'on le dit. En 2005, après la mort de Zyed et Bouna à Chichy-sous-Bois, il décide de traverser le périphérique et se plonger dans un univers fait de mythes et d'idées préconçues. Au début, le rapport avec les "chiens de la casse" - le nom que se donnent entre eux les jeunes des quartiers - est difficile. Il se fait agresser verbalement, son appareil n'est pas le bienvenu et on le lui fait savoir. Ces choses arrivent lorsqu'on ne maitrise pas le langage, explique Jean-Manuel Simoes dans une interview publiée en septembre 2012. "Mais ça ne m'arrive plus, ni à Clichy-sous-Bois, ni ailleurs," dit-il. "Il y a des endroits où je ne connais personne, alors j'arrive, je me présente. Parfois on me dit : non, non, il ne faut pas faire des photos ici. Je demande : pourquoi ? On m'explique que je peux photographier tout ce que je veux, sauf la cage d'escalier. Et tout va bien. Quand on transgresse les règles, on sait ce qui se passe, c'est comme partout ailleurs."

Ces quartiers ne sont pas pour les non-initiés, mais ils ne sont pas non plus la patrie des sans foi ni loi. "Au début, je regardais ce milieu par le prisme de mes préjugés. Aujourd'hui, je sais qu'il n'y a pas que de voyous dans ces quartiers," raconte le photographe dans la même interview. "Je n'ai toujours pas vu de circulation d'armes, comme on peut lire dans la presse ; je n'ai pas vu d'agression à tout bout de champ, je n'ai pas vu de plaque tournante de la drogue... Je ne dis pas que cela n'existe pas. Mais la question qui se pose est la suivante : quelle est la proportion de ceux qui posent problème, rapportée à la population de ces quartiers ?" Sombre et convainquant, son livre ne tombe jamais dans le sensationnel. Ici, des jeunes posent sur une carcasse de voiture brûlée. Là, des enfants jouent au foot devant leur immeuble. Sur une autre photo, un groupe attend on-ne-sait-pas-quoi au coin de la rue. Parfois les regards sont sombres, autrefois les sourires illuminent les visages. En regardant ces images, on se rend compte que les personnes photographiées pourraient être n'importe où en France. Ce qui distingue ces quartiers du monde "normal", ce sont les immeubles sans charme, les tags omniprésents et les commerces abandonnés. "Les vraies victimes de la délinquance, ce sont les gens qui habitent dans ces quartiers sinistrés," explique le photographe. "De mon point de vue, la plus grosse délinquance est exercée par les pouvoirs publics par absence d'entretien, d'infrastructure, d'investissement, etc. Paris est une ville musée, et de l'autre côté du périphérique, il y a des quartiers où rien n'est beau, tout est moche. Quand le standard c'est l'horreur, comment peut-on demander à ces gens de faire des belles choses ?"