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SIGNS OF YOUR IDENTITY
Fotografías de: Daniella ZALCMAN
Derechos humanos
FOTO EVIDENCE
2016


Au début du XIXe siècle, au Canada, des pensionnats d’enfants amérindiens ont été créés pour éradiquer la culture des Premières Nations, et cela par tous les moyens. Les résidents de ces institutions répressives étaient punis quand ils parlaient leur langue maternelle ou pratiquaient leurs traditions, régulièrement agressés sexuellement et physiquement et, dans certains cas extrêmes, soumis à des expérimentations médicales et à des stérilisations. Le dernier pensionnat a été fermé en 1996. Après près de deux siècles de tels traitements, des générations de Premières Nations du Canada ont perdu leur identité et leurs langues. « En bref, ces écoles avaient l’intention de blanchir ou d’assimiler de force des enfants amérindiens qui avaient été arrachés à leurs réserves. En plus de cela, il y a eu des abus physiques et sexuels generalisés », explique la photographe Daniella Zalcman qui vient de publier chez FotoEvidence une série de portraits à double exposition qui explorent le traumatisme de quelques-uns des 80 000 survivants.
Malgré la généralisation massive de ces pratiques barbares, ce chapitre a été complètement effacé des livres d’histoire. « Ce système scolaire existait également aux États-Unis. Que nous n’ayons pas pu raconter cette histoire terrible me semblait un énorme échec des gouvernements nord-américains, des systèmes éducatifs et des medias », poursuit Zalcman. « Je me suis enfui 27 fois. Mais la GRC nous a toujours retrouvés. Quand je suis sorti, je me suis tourné vers l’alcool. Je buvais pour effacer ce qui m’était arrivé, pour neutraliser ma colère, pour faire face à ma douleur, pour oublier. C’était facile de finir en prison parce que j’y avais déjà été », explique Marcel Ellery, un ancien élève du pensionnat indien Marieval de 1987 à 1990.
Sans vraiment reconnaître la gravité de la situation, le gouvernement canadien a publié ses premières excuses officielles en 2008. « Au Canada, ce qui m’a le plus frappé, c’est que le taux de VIH parmi les populations indigènes est l’un des plus élevés au monde et que le taux d’infection continue de croître à une vitesse élevée. Quand j’ai lu des revues médicales et des articles avant mon arrivée, je n’ai trouvé aucune explication. Ensuite, je me suis rendu compte que tous les amérindiens du Canada vivant avec le VIH auquel je parlais était allé à un pensionnat et que presque rien n’avait été écrit à ce propos », poursuit Zalcman. « J’ai été violée à l’école. C’était un vieil homme, le concierge. Je ne l’ai dit à personne depuis des décennies, parce que je pensais que les gens me jugeraient. La seule personne à qui je l’ai jamais raconté était ma mère [qui était allée à la pension de Muskowekwan]. Elle m’a juste répondu, « C’est comme ça que j’ai été élevée moi aussi », raconte Seraphine Kay, résidente du pensionnat indien Qu’Appelle de 1974 à 1975.
« La double exposition ajoute un niveau supplémentaire à l’histoire que je raconte », explique Zalcman. « C’est une histoire qui parle du passé et de la mémoire et pour moi, une série de portraits ne suffirait pas à la raconter. J’ai créé des expositions multiples en combinant des portraits et des sites liés aux expériences des anciens élèves. » Les témoignages qui accompagnent chaque portrait aident aussi à plonger plus profondément dans le vortex complexe du traumatisme. Etant donné que le gouvernement canadien a récemment créé la Commission “Truth and Reconciliation” qui vise à éduquer les enfants sur ce qui s’est passé dans les pensionnats, la documentation de Zalcman pourrait constituer un important matériel pédagogique. « Beaucoup d’enfants apprennent mieux avec des outils visuels et comprennent mieux les histoires individuelles qu’une histoire sèche et généralisée », dit-elle. Et exposé comme il l’est à la Galerie Anastasia à New York, jusqu’au 15 janvier, son travail démontre les possibilities du langage documentaire. « Est-ce que mon travail de double exposition est du reportage ? Peut-être pas. Est-ce du journalisme ? Je le pense. De plus en plus de gens sont d’accord avec moi pour élargir la définition du reportage. Ce n’est pas du tout du photojournalisme, mais c’est une narration, qui possède une force incroyable.»
Laurence Cornet

Laurence Cornet est journaliste spécialisée en photographie et commissaire d’expositions indépendante basée à New York.


 

 
In the early 19th century in Canada, boarding schools for indigenous children were founded to eradicate indigenous culture, and this by any means. Residents from these repressive institutions were punished for speaking their native languages or observing any indigenous traditions, routinely sexually and physically assaulted, and in some extreme instances subjected to medical experimentation and sterilization. The last residential school closed in 1996. After nearly two centuries of such treatments, generations of Canada’s First Nations forgot who they were as languages died out and sacred ceremonies were criminalized. “In brief, these schools intended to whitewash or forcefully assimilate indigenous kids who were kidnapped from their reservations. On top of that, there was rampant physical and sexual abuse”, explains photographer Daniella Zalcman, who just published at FotoEvidence a series of double exposure portraits that explore the trauma of some of the 80,000 living survivors.
Despite the mass generalization of such barbarian practices, this chapter has been completely erased from history books. “This school system existed in the U.S. as well. This seemed to me like a huge failure of the North American governments, educational systems and media that we had not managed to tell this terrible story”, Zalcman goes on. “I ran away 27 times. But the RCMP always found us eventually. When I got out, I turned to booze because of the abuse. I drank to suppress what had happened to me, to deal with my anger, to deal with my pain, to forget. Ending up in jail was easy, because I’d already been there”, explains for example Marcel Ellery, a former student at Marieval Indian Residential School from 1987-1990.
The Canadian government issued its first formal apology in 2008, failing though to acknowledge the scale of the situation. “In Canada, the thing that struck me the most is that the HIV rate among indigenous population is one of the highest in the world, and the infection rate continues to grow at a high speed. Reading through medical journals and articles before I got there I really couldn’t find any explanation. Then, I realized that every single HIV positive indigenous Canadian I spoke to had gone to residential school, and almost nothing was written on it”, Zalcman continues. And yet, “I was raped at school. He was an old man, the janitor. I didn’t tell anyone for decades, because I thought people would judge me. The only person I ever told was my mother [who went to Muskowekwan Residential School]. All she said was, ‘That’s how I was brought up, too’”, recounts Seraphine Kay, a resident at Qu’Appelle Indian Residential School from 1974-1975.
“Double-exposure adds an extra layer of storytelling”, Zalcman argues. “This story deals with the past and with memory and for me, a straight series of portraits wasn’t going to be enough to tell that story. So, I created multiple exposures with portraits and sites relevant to former students’ experiences.” The testimonies that accompany each portrait also help dive more deeply into the complex vortex of trauma. As the Canadian government recently created a Truth and Reconciliation Commission that aims at educating children about what happened in residential schools, Zalcman’s documentation could serve as  important pedagogical material. “A lot of kids are visual learners and relate much better to individual stories than they do to desiccated, generalized history”, she says. And exhibited, as at Anastasia Gallery, in NYC, until January 15th, her work shows how vast documentary language can be. “Is my double exposure work reportage? Maybe not. Is it journalism? I think so. More and more people are agreeing with me and are expanding the definition of reportage. That’s not photojournalism at all, but its storytelling, and it’s incredibly powerful.”
Laurence Cornet

Laurence Cornet is a journalist specializing in photography and an independent curator based in New York.