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PHARES EN TEMPETE
Fotografías de: Jean GUICHARD
Medio Ambiente
EDITIONS OUEST-FRANCE
2015


Dans les années 80, je naviguais souvent avec les grands skippers du moment, je m’étonnais du peu d’intérêt que les médias portaient aux phares. On commençait à parler d’automatisation, je décidais donc d’effectuer un travail photographique “conservatoire” sur ces bâtiments et les hommes qui les servaient.

Les images spectaculaires que je réalisais lors des tempêtes de 1989 révélèrent un univers méconnu, le succès international qu’elles rencontrèrent montre à quel point ces bâtiments étonnants interrogent nos sens.

Le phare en mer suscite différents émois : l’inquiétude par son exposition aux tempêtes, l’empathie pour la solitude de ses gardiens, le respect pour leurs bâtisseurs de l’extrême. La poésie pour la lumière que le regard cherche la nuit dans la constellation de l’Iroise.

Quand je vole au ras des vagues, mon premier sentiment est l’éblouissement devant tant de beauté, la beauté pure et dépouillée de tout faste artificiel et pourtant si sophistiquée, la beauté violente, stressante, de la lame qui se fracasse contre la roche et qui retient votre souffle, et l’instant d’après, de son ruissellement apaisé qui autorise à nouveau l’inspiration, dans l’espérance inquiète de la suivante. Mon second sentiment est de m’interroger sur l’arrogance de ma position. Avoir le privilège de contempler ce spectacle dans la relative sécurité de la machine alors que sous moi, une mort terrible et magnifique tend ses filets d’écume.

La réponse est là, le prix du privilège, c’est le risque.

Le phare dans sa fonction : bien sur, les phares n’ont pas été construits pour nous faire rêver, pendant plus d’une centaine d’années, ils ont sauvé des vies. Aujourd’hui la technologie les rend moins utiles à la navigation, les gardiens, allumeurs de réverbères des routes océanes, ont subit le sort des vieux métiers, les satellites leur ont fermé les yeux.

« Ils coutent chers et ne servent plus », entend-on. Est-ce que l’Arc de Triomphe sert à quelque-chose ? Est-ce que les cathédrales sont vraiment utiles ? Bien-sûr que oui, leur histoire et l’émotion artistique qu’ils suscitent en nous justifient notre attention matérielle, nous les soignons car c’est eux qui nous guérissent, nous préservent de l’indifférence à l’humanité. Ainsi les phares ont bien une fonction, plus celle de l’efficience technique, celle du spectacle qu’ils nous offrent, du respect auquel ils nous rappellent pour les hommes qui les ont décidés, battis, gardés, pour le services d’autre hommes.

Reste à solutionner l’équation financière. Les pouvoirs publics ont bien pris conscience de l’intérêt de ces œuvres d’art en inscrivant nombre d’entre eux à l’inventaire des monuments historiques. D’établissement de signalisation maritime, ils sont devenus œuvres patrimoniales, ce changement de statut implique un changement de gestion, cette dimension est maintenant prise en compte par l’arrivée du ministère de la Culture, la DRAC Bretagne, et le parc naturel marin d’Iroise à côté de l’administration des phares et balises, démunie dans l’appréhension de ces nouveaux objectifs.

La commission régionale des patrimoines et des sites de Bretagne a elle aussi pris en compte ce besoin en proposant de nouveaux bâtiments au classement. Souhaitons donc bons vents aux phares sous ce nouveau gréement.

Jean Guichard


 

 

In the 1980s, I often sailed with the great skippers of the day, I was surprised how little interest the media had in lighthouses. They were starting to talk about automation, so I decided to do a “conservationist” photographic project on these beacons and the men who worked in them.

The spectacular images that I shot during the 1989 storm revealed an unknown world, the international success that they met showed how these amazing buildings challenge our senses.

The lighthouse in the sea arouses different emotions: anxiety about their exposure to the storms, empathy for the isolation of the lighthouse-keepers, respect for their builders in these extremes conditions. The poetry of the light searching the night in the constellations of the Iroise Sea.

When I fly at wave-top height, my first feeling is of being dazzled by such beauty, pure beauty  , stripped of all artificial splendour and yet so sophisticated, the violent beauty, full of stress, of the wave that shatters on the rock and makes you hold your breath and a moment later, the calm run-off that allows you to breathe again in the anxious expectation of the next one. My second feeling is to question the arrogance of my position, having the privilege to contemplate this spectacle from the relative safety of the machine while below me, a terrible and magnificent death stretches out its nets of foam.

The answer is the price of privilege, that’s the risk.

The lighthouse at work: of course, the lighthouses weren’t built to make us dream, for more than a hundred years, they’ve saved lives. Today, technology has made them less useful for navigation, the keepers, lamplighters of the ocean highways, have suffered the fate of the ancient crafts, their eyes have been closed by the satellites.

“They cost a lot and aren’t used any more” you hear all the time. Is the Arc de Triomphe used for something? Are cathedrals really useful? Yes, of course they are. Their history and the artistic emotion they arouse in us justifies our material support, we look after them because they make us feel better, safeguard us from indifference towards our fellow human beings. In the same way lighthouses also have a function, more than that of technical efficiency, but that of the spectacle they offer us, of the respect which they remind us to have for the men who decided on them, fought for them, watched over them, in the service of others.

It remains to solve the financial equation. The authorities are well aware of the interest in these works of art, many of which are being recorded in the inventory of historical monuments. From the establishment of maritime aids to navigation, they have become heritage works. This change in status implies a change of management. This standing is now taken into account with the arrival of the Ministry of Culture, the DRAC Bretagne (Regional Cultural Affairs Management – Brittany),  the Iroise Marine Natural Park to help the Administration of Lighthouses and Marker Buoys, and takes some of the apprehension out of these new objectives.

The Regional Commission for Heritage and Sites in Brittany has also taken this need into account in proposing new buildings for classification. So let’s hope for fair winds for the lighthouses under this new rigging.

Jean Guichard