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DETROIT IS NO DRY BONES
Fotografías de: CAMILO VERGARA
Sociedad
PRESSES UNIVERSITAIRES DU MICHIGAN
2016


Dans leur énormité et leur grandeur, les immeubles en déclin de Détroit m’ont fait forte impression. Detroit Is Not Dry Bones montre comment l’on peut s’adapter dans sa lutte pour survivre dans les quartiers isolés de la ville, mais aussi développer une véritable culture visuelle – questions jugées trop peu importantes pour recevoir l’attention du public. Je cherche donc à attirer l’attention vers ceux qui, sans être jamais encouragés, restent dans leur quartier. Je veux reconnaître leur histoire et leurs accomplissements, même s’ils semblent parfaitement insignifiants au reste de la nation.
Dans son centre de 18 kilomètres carrés, la ville de Détroit a connu une renaissance extraordinaire. Cette zone en expansion, que l’on nomme Opportunity Detroit, sera bientôt totalement reconstruite. Un nouveau gratte-ciel, le plus grand de la ville, sera notamment érigé sur l’ancien site de l’Hudson Department Store. La renaissance de ce qui était autrefois « un cimetière de gratte-ciel » a reçu l’attention nationale qu’elle méritait. Toutefois, la plupart des médias ne se concentrent que sur le milieu des affaires, les restaurants, les galeries d’art et les boutiques émergentes, étalés sur un vingtième de la surface de la ville.
Par leur présence étonnante, les squelettes de la ville ont eux aussi attiré les médias et la première vague d’artistes et d’entrepreneurs. Les décors comme le Michigan Central Depot, l’ancienne usine Pakard et les gratte-ciel abandonnés de toutes sortes ont fait de Motor City la capitale unique de la ruine. Je ne peux pas nier cette attrait esthétique, mais mon but a d’abord été de répondre à la question : « Que se passe-t-il ensuite ? », c’est-à-dire, de suivre leur évolution.
L’identité des quartiers aux allures d’éternels ghettos m’intéresse particulièrement, car elle s’exprime visuellement sur les peintures murales, les panneaux publicitaires, et dans les adaptations des immeubles existants. Sur certaines fresques religieuses, le Christ, les apôtres et les anges sont noirs, et l’histoire afro-américaine illustrée montre des pyramides, des figures de la lutte pour les droits civiques, des dirigeants de la ville, et leurs accomplissements. Le retournement de l’ordre établi apparaît clairement dans la taille des figures représentées : une peinture murale sur un établissement d’encaissement de chèque de l’East Side montre par exemple un tout petit Henry Ford conduisant l’une de ses premières voitures, sous un grand portrait du maire Coleman Young qui le toise. Dans L’Histoire de Detroit, une série de Sylvia Burke, des immeubles comme le Stimson Funeral Home et le Motown Museum ont la préséance sur les anciens sièges de direction GM et sur le bâtiment Fisher.
Le déclin des immeubles est un stigmate. Il a mené à ce que je considère comme une accusation absurde, selon laquelle les gens qui admirent la grandeur des ruines seraient des pornographes. Photographier le déclin serait une activité obscène et socialement irresponsable dans la mesure où elle implique une critique des officiels de la ville et suggère qu’il n’y aucun espoir pour ses habitants. Pour moi, les structures abandonnées ont une histoire. Elles nourrissent l’imagination. Comme c’est le cas du Michigan Central Depot, elles ont été le fer de lance du développement de leur quartier, et ont donc créé de l’emploi. Même les photographes qui viennent pour peu de temps, négligeant de montrer Detroit dans son contexte historique, contribuent à la compréhension de la ville. Les gens qui s’intéressent n’ont pas de mal à réunir des informations supplémentaires sur les images par une simple recherche Google.
C’est là la tragédie de Détroit. Malgré tout ce que nous savons, toutes les ressources dont nous disposons, il semble n’y avoir aucun moyen d’améliorer les conditions de vie de la majeure partie de la population. Une ville double continue à se développer, au sein de laquelle la population instruite est de plus en plus importante, entourée par 300 kilomètres carrés en déclin, où les habitants Afro-Américains vivent dans la pauvreté au milieu d’immeubles en ruines et de lotissements vides. Les quartiers de Detroit continuent à perdre leur emploi et à succomber. Les résidents qui peuvent quitter les lieux le font. La situation est sur le point de se dégrader. C’est pour cette raison que nous posons la question : Pourquoi une telle ségrégation ? Pourquoi Opportunity Detroit ne pourrait-il pas s’étendre au reste de la ville ?

Camilo Vergara est un auteur chilien, photographe et documentariste qui vit et travaille à New York, aux Etats-Unis.

 

 
In their enormous size and grandeur, Detroit’s decayed buildings made a tremendous impression on me. Detroit Is No Dry Bones charts adaptations in the struggle for survival in Detroit’s segregated neighborhoods and the visual culture developing in them—issues usually deemed too humble to receive public attention. Thus, I seek to draw attention to those who, without any encouragement, remain in their neighborhoods, and to acknowledge their history and achievements no matter how insignificant they may seem to the rest of the nation.
Within 7.2 square miles of its core Detroit has experienced an extraordinary rebirth. This booming area, labeled “Opportunity Detroit,” will soon be completely rebuilt, with a new skyscraper, the city’s tallest, planned to be erected on the former Hudson’s Department Store site. This rebirth of what once was “a skyscraper graveyard” has deservedly received national attention. Much of the media coverage of the whole city, however, centers only on businesses, restaurants, art galleries and stores emerging within roughly one twentieth of Detroit’s surface.
With their awesome presence, the city’s skeletons also attracted the media and the first wave of artists and entrepreneurs.  Landmarks such as the Michigan Central Depot, the old Packard plant and assorted abandoned skyscrapers made Motor City unique, a world capital of ruins. I cannot deny the aesthetic attraction. But my goal has been primarily to answer the question, “what happens next,” that is, to track their evolution.
Of particular interest is the identity of these seemingly permanent ghettos as visually expressed in murals, commercial signs, and adaptations of existing buildings. There are religious murals in which Christ, the apostles, and the angels are black, and representations of African-American history that depict pyramids, civil right figures, the city’s leaders and their achievements. A reversal of the established order is evident in the size of the figures; for instance, a mural at an East Side check cashing establishment depicts a tiny Henry Ford driving one of his early cars under a huge portrait of Mayor Coleman Young gazing down from above.  In “The History of Detroit” series by Sylvia Burke, buildings such as Stimson Funeral Home and the Motown Museum take precedence over the old GM headquarters and the landmark Fisher building.
The decay of buildings is a stigma. And that has led to what I consider an absurd accusation, that people who admire the grandeur of ruins are pornographers, that the photography of decay is obscene, that it is socially irresponsible insofar as it implies that city officials are to blame and that its residents are hopeless.  My view is that derelict structures have a history, feed the imagination, and as in the case of the Michigan Central Depot, they have spearheaded the development of their surroundings and thus create employment. Even photographers that make short visits and neglect to show Detroit in its historical context are contributing to the understanding of the city. People interested can easily gather additional information about the images simply by doing a Google search.
Detroit’s tragedy is that, with all that we know and with all the resources available, there seems to be no way to improve the living conditions of the majority of the population. A dual city continues to develop in which a growing educated population is surrounded by 131 declining square miles where poor African Americans survive amidst decaying buildings and empty lots. Detroit’s neighborhoods continue to lose jobs and to fade away. Residents able to move out of those places do so. This situation is likely to get worse.  And so we ask: Why such disconnection?  Why can’t Opportunity Detroit spread to the rest of the city?

Camilo Vergara is a Chilean writer, photographer and documentarian who lives and works in New York, USA.