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ARKTIKUGOL
Fotografías de: LEO DELAFONTAINE
Fotoperiodismo
EDITIONS 77
2017


En 1920, le Traité concernant le Spitzberg attribuait à la Norvège la souveraineté sur l’archipel arctique du Svalbard aux conditions suivantes : la démilitarisation totale de la région, un système propre de taxation, le respect de l’environnement et surtout la possibilité pour tous les pays signataires d’y développer une activité durable. La Russie, qui n’a ratifié le traité qu’en 1935, reste actuellement le seul pays étranger à profiter de ce droit par le truchement d’une exploitation minière. Cette situation résulte de considérations exclusivement géopolitiques car les différentes mines russes de charbon dans l’archipel (Barentsburg, Pyramiden, Grumant et Colesbay) ont toujours été financièrement déficitaires. Barentsburg fut ainsi un poste d’observation avancé durant la seconde Guerre mondiale et la guerre froide en plus d’être un point d’appui militaire possible pour l’Union soviétique. Aujourd’hui, les intérêts russes au Svalbard proviennent de l’emplacement stratégique de Barentsburg dans le cercle polaire et de sa situation idéale au milieu des nouvelles voies maritimes qui s’ouvrent peu à peu dans l’arctique. Néanmoins, la mine reste la seule justification officielle de la présence russe dans la région. Mais personne n’est dupe. Pas même les mineurs qui prennent leur mal en patience entre leur travail dans une exploitation minière insalubre, la nuit polaire et l’absence de divertissements.
Pourtant, à l’époque soviétique, Barentsburg et surtout Pyramiden étaient des destinations prisées et travailler là-bas n’était peut-être pas un privilège mais sûrement pas une punition. Les mineurs et les autres employés de ces villes étaient recrutés au regard de leurs compétences techniques mais aussi du « je ne sais quoi » supplémentaire qu’ils pouvaient apporter à la collectivité. On recrutait de préférence chanteurs, sportifs et artistes afin de faire vivre une communauté isolée, créer des liens sociaux forts et ainsi tromper l’ennui, la solitude et l’éloignement du continent et de leur famille.
Barentsburg et Pyramiden, villes entreprises sans population autochtone, ne connaissaient dès lors que le plein emploi. Pour des raisons économiques et géopolitiques, l’Union soviétique avait aussi préféré bannir toute liquidité sur place plutôt que d’utiliser la seule devise officielle du svalbard, la couronne norvégienne. Ni argent ni chômage sur place donc. Mais aussi gratuité des soins, de la cantine, des loisirs, autosuffisance alimentaire grâce à une serre et une ferme… Les enclaves russes du svalbard furent peut-être les seules mises en pratique totales et sans compromission de l’utopie soviétique, cette dernière nécessitant sûrement les conditions autarciques du grand nord pour réussir.
Mais cette concrétisation n’a pas survécu à la chute du régime communiste et les différents sites d’exploitation russes ont fermé les uns après les autres à l’exception de Barentsburg dont on annonce l’épuisement dans les prochaines décennies. Aussi le trust d’Etat gérant la mine (nommé Arktikugol, littéralement le charbon arctique en russe) cherche à se renouveler en se tournant vers le tourisme afin de minimiser ses pertes financières. Depuis 2010, de nombreux travaux de rénovation ont ainsi été initiés et en 2013 ont été ouverts une brasserie, un restaurant, une auberge de jeunesse ainsi qu’un centre d’expédition, preuves d’un regain d’intérêt des autorités russes pour le Svalbard et de l’attrait touristique que la région commence à constituer. Et si jusqu’à maintenant Barentsburg ou Pyramiden, avec leurs statues de Lénine et leurs infrastructures vieillissantes ou abandonnées, ne pouvaient que rappeler les vestiges figés de l’époque soviétique, ces enclaves sont maintenant vouées à participer au renouveau de la puissance russe dans les années à venir.
Léo Delafontaine

 

 
In 1920, the Spitsbergen Treaty recognized the sovereignty of Norway over the Arctic Archipelago of Svalbard under the following conditions: that it remain entirely demilitarized, exempt from taxation, environmentally intact, and open to business development from the citizens of all signatory countries. Russia, which ratified the treaty in 1935, is currently the only foreign country to make use of this right through coal mining. this is an exclusively geopolitical decision, since every Russian mine on the archipelago—Barentsburg, Pyramiden, Grumant and Colesbukta—has always operated at a loss. Barentsburg served as an observation outpost during World War II and the Cold War, as well as a potential military staging area for the Soviet Union. today, the Russian interest in Svalbard is due to the strategic location of Barentsburg given the new routes opening as a result of disappearing arctic sea ice. While the mine remains the official justification for Russian presence in the region, no one is fooled, least of all the miners themselves, who bide their time in the polar night, craving entertainment between shifts in a squalid mine.
In the soviet era, however, Barentsburg and Pyramiden were popular destinations for miners, and while working there may not have been a privilege, it was hardly a punishment. the miners and other employees of these settlements were recruited for their technical skills as well as for some indefinable quality they could offer to their fellow citizens. singers, athletes and artists were especially sought after to help bring life to these isolated communities, strengthen social bonds and fend off boredom, loneliness and the sense of distance from  families on the mainland.
Barentsburg and Pyramiden, company settlements without an indigenous population, once enjoyed full employment. for economic and political reasons, the Soviet Union also decided to outlaw cash rather than use the only official currency of Svalbard, the Norwegian krone. it was a land without unemployment or money. Healthcare was free, along with entertainment and food, thanks to a local greenhouse and farm. the Russian enclaves of Svalbard were perhaps the only total and uncompromised instances of soviet utopian ideals put into practice, a feat whose success demanded the autarkic conditions of the far north.
But this realization of the soviet dream could not survive the fall of the communist regime. the Russian mines closed one after the other, with the temporary exception of Barentsburg, whose resources will be depleted in a few decades. Moreover, in an attempt to minimize losses, the state-owned trust that oversees the mine, Arktikugol (literally, “Arctic coal” in Russian) is turning its focus to tourism. Renovations began in 2010, and 2013 saw the opening of a brewery, restaurant, youth hostel and a center for expeditions, all proof of a renewed interest in Svalbard by Russian authorities and the region’s growing appeal to tourists. With their statues of Lenin, aging infrastructure and abandoned buildings, Barentsburg and Pyramiden now seem merely ruins of the soviet era, but they are destined to play a part in resurgent Russian power for years to come.