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Dossier de Presse
ATRAS DEL MURO
photographies : STANISLAS GUIGUI
Précarité
IMAGES PLURIELLES
2014


Des hommes et des femmes humiliés par la vie, dévorés par la drogue, font face. Ils se savent poursuivis par la police, pourchassés par les paramilitaires, et, par-dessus tout, traqués par l’agonie qui se présente. Cependant dans le Cartucho, au royaume des forces élémentaires, quelque chose de plus fort bondit ; un puissant désir d’être, de mener jusqu’au bout cette épreuve. Face à l’objectif, certains d’entre eux sourient, sachant pourtant que la chose est absurde. Un par un, alignés selon les prescriptions du photographe, ils jaillissent du fonds lumineux, exacerbant formes et couleurs. En acceptant l’invitation du photographe, les exclus font preuve d’un orgueil et d’une lucidité qu’on ne trouve nulle part ailleurs, si ce n’est dans le désespoir.

Ces gens ont pour habitude de se tuer entre eux, aussi. Et leur fraternité est sans aucune mesure. Monde paroxystique où le repos ne connaît que deux états, l’hébétude de la fumée ou la mort. Le reste du temps se partage entre trafics, combines et bagarres. Le mur devant lequel pose le malheur s’appelle fatalité. Et son horizon est indépassable. Quand prédomine l’envie de demeurer dans le monde des vivants, quand le morbide se retire un instant, quand nous pensons que rien n’est inéluctable, nous entrevoyons une fin à la photographie. Ce ne sont pas des spectres qui rôdent mais des proies qui errent dans le non-sens. Leur histoire n’a plus d’intérêt. Ou plutôt, il est bien trop tard pour que l’on s’intéresse à leur destin. Ils ont échoué au Cartucho, ce mur sur lequel s’inscrit la fin, ce cul-de-sac dont on ne revient pas. Le Cartucho, c’est une certitude, ne croit en rien, si ce n’est en ses propres lois.

 Nulle part on ne voit mieux qu’ici combien est difficile la relation entre l’empathie et la photographie. Nous sommes au bout du témoignage, au bout de la morale. Le moment est venu où les misérables se jouent de l’appareil et de son opérateur. Sans illusions, sans réel espoir, ils se montrent, s’exhibent même, dans l’attente d’une dignité retrouvée. Car derrière ce mur, où ils nous savent autour, ils nous envoient ces images silencieuses, arrachées au destin et volées à la mort.

 Cette assemblée de vaincus portant, tant bien que mal, leurs corps émaciés, répète le chant que Villon nous faisait entendre. C’est ce même chant que Brecht reprit. Le royaume des voleurs, des mendiants, des miséreux apparaît là dans sa forme moderne. Il n’y a pas d’autres formes possibles à ce récit dantesque. Le photographe rejoint ici sa terre et ses amis. Il fait preuve de passion solidaire, sans plus.

 François Cheval, Conservateur du Musée Nicéphore Niepce


 

 

To live with your back against the wall. Men and women humiliated by life, eaten alive by drugs, never giving up. They know they are being tracked by police, hunted by militias and, above all, haunted by the agony that comes. However in the Cartucho, the Kingdom of elementary forces, something stronger arises; a powerful will to exist and survive through these trials to the end. Some smile when facing the lens, knowing that nothing makes sense. One after the other, lined up according to the photographer's instructions, they emerge from luminous backgrounds, intensifying shapes and colors. By accepting the photographers invitation, the outcasts show a pride and lucidity that can't be found anywhere, except in despair.

These people are familiar with killing each other, yet their fraternity is boundless. A climactic world where rest is known through two states: the lethargy occurring through smoke or death. Time is split between trafficking, tricks and fights. The wall in front of which misfortune poses is named Fate. It's horizons are boundless. When the will to stay in the living world prevails, when morbidity retreats for a moment and we realize nothing is inevitable, we see an end to photography. There are no ghosts hanging around, just prey that wander in a nonsensical world. Their story no longer has a point. Or is it merely too late for us to pay attention to their destiny? They failed in the Cartucho, the wall on which their fate is written, that dead end from where we will never return. Certainly, the Cartucho doesn't believe in anything but its own laws.

Nowhere can we better see the difficult relationship between empathy and photography. We're at the border of the testimony, the border of morals. The time has come for the miserable to overcome the camera and operator. Without illusions or actual hope, they show themselves, flaunting themselves in the hope of regaining dignity. Because behind that wall, knowing that we're watching, they send us their silent images, snatched from destiny and stolen from death.

The gathering of the vanquished, somehow supporting their emaciated bodies, repeat the song that Villon once made us listen to. That very same song that Brecht covered. The kingdom of thieves, beggars and the wretched reappears in modern form. There is no other alternative to the Dantesque story. Here, the photographer rejoins his land and friends. He shows fair passion, nothing more.

François Cheval, Head curator at the Nicéphore Niépce museum