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Dossier de Presse
UKRAINE, de Maïdan au Donbass
photographies : Guillaume HERBAUT
Photojournalisme
CDP Editions
2014


De Maïdan au Donbass raconte les événements qui ont secoué l’Ukraine depuis la fin 2013 jusqu’au mois de mai 2014. Six mois durant lesquels Guillaume Herbaut a effectué une dizaine de voyages pour différents journaux français, de Paris Match au Figaro magazine en passant par Le Monde, Télérama et Libération. Pourtant, son premier voyage n’est pas motivé par une commande mais par une nécessité qui s’impose à lui de se rendre à Kiev pour suivre les manifestations de Maïdan, la place principale de la capitale de l’Ukraine : « Je me sens lié à l’Ukraine… ».

« Tout a commencé par quelques tweets lancés pour manifester sur la place Maïdan. Des étudiants voulaient montrer leur colère à la suite du refus du président Ianoukovictch de signer un accord d’association avec l’Europe pour lui préférer celui de l’Union Eurasienne de Poutine. Cela c’est transformé en révolution avec la fuite du président corrompus. Puis la Russie a annexé la Crimée et dés lors c’est l’Ukraine qui se décompose. A quoi assistons nous aujourd’hui ? A la naissance d’une nation ? A la fin de l’ère soviétique ou à celle du retour de l’empire Russe sur l’échiquier mondiale ? La crise Ukrainienne pourrait être le début d’une crise internationale.
16 décembre 2013. Kiev.
2004, la révolution orange. Sous la neige, les Ukrainiens manifestaient contre l’élection truquée de Viktor Ianoukovitch. La place Maïdan résonnait des clameurs en faveur de Iouchtchenko. Il y avait de l’ivresse et de la joie : un autre monde semblait possible.
Presque 10 ans plus tard, même lieu, le peuple crie à nouveau son rejet de Ianoukovitch. Finalement élu en 2010, il vient de refuser un accord d’association avec l’Union européenne pour lui préférer l’Union eurasienne de Vladimir Poutine. La place est devenue un camp retranché entouré de barricades, les manifestants s’organisent. L’espérance de 2004 s’est transformée en crainte devant un avenir incertain.
23 janvier 2014. Kiev.
Il règne désormais un silence angoissant sur la place Maïdan. Il faut descendre l’avenue Kreschatik et prendre à droite pour se rendre dans la rue Hrushevskoho où tout se passe aujourd’hui. Ambiance tribale à l’entrée du stade Dynamo, des carcasses de bus brûlés, des hommes casqués, l’odeur âcre du gasoil, la neige noire. J’aperçois au loin une foule compacte qui crie, tape en rythme sur tout ce qui peut faire du bruit. Des policiers répondent en frappant sur leurs boucliers. À chaque camp son bruit de métal.Le lendemain, c’est la charge. Violente, terrifiante. La police tire : balles en caoutchouc, chevrotine et balles réelles. Même nous, journalistes, sommes pris pour cibles. Une obsession : protéger mes yeux et bouger vite pour ne pas être bloqué en cas de charge. C’est déjà arrivé : nous nous étions réfugiés dans un renfoncement sur la place de l’Europe, et les Berkouts, les forces spéciales du gouvernement, arrivaient vers nous. Quand la matraque s’est levée, on a crié « Presse ! » et ils ont reculé. À quelques mètres, un confrère était roué de coups. Bilan de la journée : trois cents blessés et cinq morts, dont quatre par balles.
1er mars 2014. Simferopol. Crimée.
2008, au pied de la statue Lénine, un festival folklorique. Les Tatars ont entamé une danse au son des tambourins. En réponse, les Russes ont chanté en chœur. C’était à celui qui gueulerait le plus fort. La haine passait par la musique.
Aujourd’hui, même lieu, des hommes portant des boucliers aux couleurs de la Crimée crient « Poutine ! » et « Gloire aux Berkouts ! »J’ai un nœud à l’estomac.
7 mai 2014. Slaviansk. Région du Donbass. Est de l’Ukraine.
Il pleut. De l’électricité dans l’air, des barrages de pneus, des hommes cagoulés et armés. Le chauffeur est fébrile. La route est coupée, il tourne à gauche croyant qu’il y a un passage.
« NIET ! » C’est une sorte de cour fermée. Des hommes creusent des tranchées. Ils nous regardent, les yeux brillants d’alcool. L’un s’avance, le visage couvert de peintures guerrières, un bandeau sur la tête, armé d’un fusil de sniper. Papiers, accréditations ; attente, appareils photo interdits. Il vaudrait mieux partir, non ?
On repasse une série de barrages. Lumières brutes, ciel gris. Un homme ivre, torse nu, braque sa kalachnikov sur moi. « Bang, bang ! » Il sourit et titube. Des adolescents à côté d’une statuette de Lénine posée sur un pneu contrôlent les véhicules. Regards sombres, envie de pouvoir.Au final, juste un peu de stress, mais le sentiment que la guerre arrive ici à Slaviansk, dans cette ville occupée par les pro-russes. »