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Dossier de Presse
IN THE SHADOW OF THE PYRAMIDS
photographies : Laura EL-TANTAWY
Politique
autopublié par Laura EL-TANTAWY
2015


On entre dans le livre dLaura El-Tantawy par la petite porte, après avoir avalé la potion aux saveurs amères de l’Histoire. Comme dans un rêve, les images peu lisibles des premières pages deviennent progressivement limpides : on passe graduellement d’un tout petit format à des doubles pages sans bordure qui absorbent le lecteur dans le tourbillon qui a devasté l’Egypte ces dix dernières années.

Dans ce tunnel visuel, on suit le chaos émotionnel qui a agité la photographe à son retour des Etats-Unis, en 2005, sur fond de décadence politique. « Quand j’ai commencé, mon approche était surtout personnelle et réfléchie. J’allais dans la rue pour me réhabituer au pays. », m’expliquait-elle il y a quelques mois dans une interview pour FLTR. « Quand je suis revenue en 2005, il y avait déjà beaucoup de contestation en Egypte. On savait que quelque chose allait arriver mais on ne savait pas quand. Je me suis retrouvée impliquée dans le mouvement politique naturellement. Le travail s’est développé comme cela et la révolution a eu lieu. Il n’y a pas eu de question : je devais être là. C’était historique pour moi en tant qu’égyptienne, » continuait-elle. « Mon idée de l’Egypte a changé après août dernier cependant, et c’est devenu très difficile pour moi. J’ai vu de la violence là-bas d’une façon que je n’avais jamais vu avant et ça m’a fermée. Pendant longtemps quand je prenais des photos en Egypte, c’était basé sur des souvenirs d’enfance. Voir tant d’agression a fait complètement disparaitre la compassion et l’empathie et j’ai compris que le projet était terminé. »

In the Shadow of the Pyramids suit cette trame narrative, associant les photographies de Laura El-Tantawy prises entre 2005 et 2014, celles de son enfance – imprimées dans un format réduit qui rappelle celui des médaillons de cou dans lesquels sont contenus les souvenirs –, et des textes personnels. 
« Dans l’Ombre des Pyramides le début rencontre la fin. Ici j’ai choisi d’enterrer mes biens les plus précieux à un endroit que j’appelle chez moi. »

Ainsi se conclut l’ouvrage, suivi de la photographie d’une petite fille flottant sur une balançoire au-dessus d’une pelouse fleurie. Elle a les yeux clos, les cheveux qui volent au vent, et sur sa robe le même cœur qui brillait de ses néons partout dans les rues du Caire avant la Révolution du 25 janvier 2011. Cette petite fille, c’est Laura El-Tantawy. C’est aussi l’Egypte, qui se recharge d’espoir après une période aussi sombre qu’une longue nuit sans lune.

Malgré l’obscurité, Laura El-Tantawy déploie le champ émotionnel offert par la couleur. Le rouge domine – celui du feu qui embrasait les rues, du sang qui a coulé, de la passion qui consume la nation. Informel, intrinsèquement poétique, son langage sert le propos documentaire par transcendance. « Quand on partage ce qui est personnel, on atteint les gens ? J’ai vécu longtemps dans la solitude et j’ai réalisé que quand on partage la tristesse ou le traumatisme, cela devient une expérience partagée » , rappelle-t-elle. Publié le jour anniversaire de la Révolution, son ouvrage est le journal intime de tous ceux qui l’ont portée – ceux que, perdus en milieu d’ouvrage dans l’agitation ambiante, Laura El-Tantawy regarde de près, découvrant leurs poings serrés sur les lèvres, leurs larmes rondes, leurs regards sombres et leurs espoirs tremblants.



 

 

We enter Laura El-Tantawy’s book through the tiny door, after swallowing the bitter potion of History. As in a dream, the almost illegible images of the first pages gradually become clear as we pass from a small format to double-page spreads which draw the reader into the whirlwind that has devastated Egypt over the past ten years. We follow the emotional chaos that El-Tantawy experienced upon her return from the United States, in 2005, against a background of political decadence.

When I started, my approach was mainly personal and reflective. I would go in the streets in order to get used to the country again,” she explained to me a few months ago in an interview for FLTR. “When I came back in 2005, there was already a lot of contestation in Egypt. We knew that something was going to happen but we didn't know when. I found myself involved in the political movement naturally. The work developed like that, and the revolution happened. There was no question: I had to be there. It was historical for me as an Egyptian…My idea about Egypt has changed after last August though and it has become very difficult for me. I saw violence there in a way that I had never seen before and that shut me down. For a long time, what I was shooting in Egypt was based on memories from my childhood. Seeing so much aggression made the compassion and empathy completely disappear and I understood that the project was done.”

 

In the Shadow of the Pyramids follows this narrative, combining El-Tantawy’s photographs taken between 2005 and 2014, and those of her childhood—printed in a small format reminiscent of locket photographs—along with personal texts.
« Standing in the Shadow of the Pyramids.
The beginning meets the end.
Here I choose to bury my most valued possession.
In a place I once called home. »
The book concludes with these words, followed by a photograph of a little girl floating on a swing set above a lawn covered with flowers. Her eyes are closed, her hair blows in the wind, and on her dress, the same heart that shone everywhere in the streets of Cairo before the Revolution of January 25th, 2011. The little girl is Laura El-Tantawy. She is also Egypt, which is now filled with hope after a period as dark as a long, moonless night. 

Despite the darkness, El-Tantawy takes advantage of the emotional range that color offers. Red dominates the images— red like the streets filled with fire and flowing with blood, like the passion consuming the nation. “I lived a long time in solitude and realized that when you share the sadness or the trauma it becomes a shared expérience”, she says. Informal, poetic, intrinsically personal, her style succeeds through transcendence in serving a documentary purpose. Published on the anniversary of the Revolution, her diary is that of all who fought it - those who, lost in the middle of the book as they were in the middle of the agitated crowd, El-Tantawy captures, from close-up, their fists against their lips, their round tears, their dark eyes and trembling hopes.