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Dossier de Presse
BUZZING AT THE SILL
photographies : PETER VAN AGTMAEL
Société
Editions KEHER VERLAG
2016


Van Agtmael s’attache davantage à dresser un portrait des Etats-Unis au sens large – un miroir, comme il l’appelle, qu’il entend compiler sur le long terme en une multitude de livres et autant d’approches. Ses photographies respectent donc toujours une certaine distance face à l’immédiateté des événements, tout en dégageant une brutalité latente. Sa voix ou celle de ses sujets viennent compléter les non-dits. Une image aux tons de lever de jour, d’un enfant allongé dos à dos sur un cheval dans une plaine vaste et vierge du Dakota du Sud dégage une rare insouciance. On en fait la métaphore de l’aube d’une paix sociale jusqu’à ce que l’on découvre la légende : « Alors que nous faisions un road-trip avec mon ami Justin, on a rencontré des types, et on a commencé à parler. Ils nous ont montré un endroit où ils avaient une balançoire, et sur le chemin on a pris quelques bières. En arrivant, leur sœur (la matriarche de la famille) a senti leur haleine et s’est énervée. Elle nous a expliqué qu’il y avait un alcoolisme rampant dans la réserve (indienne) et que nous étions un autre exemple de la façon dont les hommes blancs explorent le Dakota. »
« J’aime l’Amérique à bien des égards, et son histoire est une source grande d’inspiration. Certains faits de notre passé sont triomphants, mais ces triomphes ont créé des récits qui nient les aspects brutaux de notre Histoire », explique-t-il. A y regarder de plus près, c’est un constat des échecs de l’Amérique dont il est question – la brutalité policière, l’abandon des classes sociales les plus démunies, les prêts étudiants qui broient les opportunités, les points noirs de l’Histoire. « Je pense que c’est intéressant d’expliquer l’Histoire. Ce n’est pas parce que c’est connu que ce n’est pas pertinent d’en parler. Mon livre est un hommage à l’Amérique. Mais en même temps, c’est un amour compliqué, donc l’idée est d’avoir une construction plus honnête de ce que cet endroit est vraiment », ajoute van Agtmael.
La démesure est omniprésente, ce que tout américano-sceptique pourrait prendre pour un certain cynisme. « Le livre laisse une place importante à l’interprétation de chacun, et ça me convient », réagit van Agtmael. Une chasse à l’ours affiche plus de 600 bêtes tuées en un week-end dans un écho amer aux excès du déploiement militaire américain ; des jeunes posent en priant devant les liasses de leur gain aux courses hippiques pour s’afficher sur Facebook ; Lyniece Nelson, seul personnage récurrent de l’ouvrage, accumule les douleurs sans vertige, elle qui a pourtant successivement perdu sa fille Treasure, mutilée par le dealer dont elle avait révélé le nom, puis son fils dans un suicide et sa maison dans un incendie.
« J’ai inclus leur voix parce que Treasure et sa famille sont des personnages récurrents du livre. Cela apporte de la profondeur et de l’intimité. J’aime utiliser la voix des gens, en partie parce que parfois je ne sais pas à quel point ces photos parlent de moi ou de mes sujets. J’ai fait l’éditing du livre ; je voulais redonner un peu de ce pouvoir afin d’obtenir un résultat plus nuancé », explique van Agtmael. Ces expansions narratives s’accordent à la grammaire visuelle employée. « Je n’aime pas quand les images planent dans le vide. Je me rapproche de ce que l’on appellerait la photographie d’art, qui détache les images d’un contexte, mais je rejette l’idée de ne pas garder l’histoire et la politique très présentes dans l’image – cela m’apparaît comme une trahison de la situation », ajoute-t-il.
La question de la représentation revient régulièrement dans l’ouvrage, faisant un écho dérangeant à une pensée du photographe : « En Amérique, on se sent en quelque sorte immunisés, mais dans n’importe quel pays en guerre, la première chose que disent les gens, c’est qu’ils ne pensaient pas que cela pouvait arriver chez eux. » Un constat qui, comme le livre lui-même, tombe au moment opportun.
Laurence Cornet


 

 
Van Agtmael is more focused on painting a picture of the United States in a broader sense, a mirror, as he calls it, which he means to compile over the long term in a multitude of books and many other approaches. His photographs always respect a certain distance from the immediacy of the events, all the while bringing out a latent brutality. His voice, or those of his subjects, fill in what is not said. An image with the feel of the wake of day, an infant lying back to back on a horse in a vast, empty field of South Dakota draws a rare insouciance. We make the metaphor of the dawn of social peace until we see the caption: “While on a road trip with my friend Justin, we met a couple of guys and started chatting. They invited us to check out a spot where they had a rope swing, and on the way we picked up some beer. […] Upon arrival, their sister (the matriarch of the family) smelled their breath and became furious. […] She told us there was rampant alcoholism on the reservation and that we were just another example of a long line of white men exploiting the Lakota.”
“I love America in many ways, and its history is an inspirational one on a certain level and at certain moments. Certain aspects of our past are triumphant, but those triumphs have created distorted narratives that deny the brutal aspects of our history,” he explains. On closer inspection, it is an acknowledgement of American failure, addressing police brutality, abandonment of the most destitute social classes, student loans that destroy opportunities, history’s dark spots. “I think it’s interesting to find ways to explain this history. Just because it’s known, doesn’t mean that it’s irrelevant to talk about it. The book is an homage to America, but it’s a troubled kind of love as well, so the idea is to have a more honest construction of what this place is.”
The excessiveness is so ubiquitous that every American skeptic could take it as a type of cynicism. “There is a lot of room for selective interpretation, and that’s ok,” says van Agtmael. A bear hunt boasts 600 animals killed in one weekend, bitterly echoing the excessive deployment of American military. Young people pose praying in front of the wads of their winnings at the horse races to post on Facebook. Lyniece Nelson, the only recurring character in the work, piles on sufferings without losing balance. In succession, she lost her daughter Treasure, mutilated by the dealer whose name she divulged, then her son in a suicide, and her house in a fire.
“I included their voice because Treasure and her family are recurring themes and characters in the book. They bring depth and intimacy. I like it when it’s people’s own voices, partly because I don’t know how much my photos are about me and how much they are about the subject sometimes. I also have so much ownership over the editing process; I wanted to get a bit of that ownership out of my hands to be more nuanced,” explains van Agtmael. These narrative expansions are well matched with the visual grammar used. “I don’t like when pictures are in a vacuum. I relate to what you would call “art photography”, which often wants to strip imagery from a context, but I reject the idea of not keeping history and politics very present in the image – it feels like a betrayal of the situation,” he adds.
The question of representation comes out regularly in this work, disturbingly echoing one of the photographer’s thoughts: “In America, we somehow feel immune, but in any country at war, the first thing they’ll tell you is that they didn’t think it could happen there.”