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Dossier de Presse
PIGALLE PEOPLE. 1978-1979
photographies : Jane Evelyn ATWOOD
Prostitution
LE BEC EN L'AIR
2018



Pigalle, 1978. Jane Evelyn Atwood, jeune Américaine arrivée à Paris quelques années plus tôt, vient de consacrer son tout premier reportage photographique aux prostituées de la ville. Elle y affirme d’emblée ce que seront les principes de son œuvre : temps long, immersion, respect et empathie. Et l’univers de la nuit la fascine. Elle continue de l’explorer. Elle déambule dans les petites rues qui grimpent du boulevard de Clichy vers les Abbesses : rue Lepic, rue Houdon, et la rue des Martyrs… C’est le quartier des transsexuels, avec ses bars connus des seuls habitués, sa chaleur, ses joies, sa violence aussi, les touristes attirés par la vie nocturne mais peu enclins à s’éloigner du boulevard, et les passes à cent francs.

Un jour la photographe voit deux transsexuels entrer dans un immeuble. Elle les suit. Saouls mais dépourvus d’agressivité, ils la laissent les photographier. C’est là que ce livre commence. Les images qu’il rassemble seront réalisées sur une période d’un peu plus d’un an.

Dans le très beau texte qui les accompagne, où elle revient sur le temps qu’elles évoquent, Jane Evelyn Atwood écrit : « J’ai photographié les trans de Pigalle comme je les ai vus, mais je n’ai pas pu photographier ce qu’ils sont. Ils ont des vies difficiles parce qu’ils sont ridiculisés, craints, ostracisés, relégués aux marges de la société, mais plus encore parce qu’ils sont compliqués. Il y a chez eux une tristesse profonde, trop profonde pour être saisie par un appareil photographique, et peut-être même trop profonde pour être atteinte par les mots. C’est un territoire intime, secret, si secret qu’eux-mêmes n’y ont pas complètement accès. »

Puis vinrent les années 1980 et le sida. Les transsexuels ont commencé les uns à mourir, les autres à changer de quartier. Les skinheads des squats alentour, suivies plus récemment par les lois sur le racolage, ont contraint les derniers d’entre eux à fuir. Avec leur départ a disparu le Pigalle que raconte ce livre plein de compassion et de lucidité.


 

 
It is 1978 in Pigalle. Jane Evelyn Atwood, a young American, has been in Paris for a few years. She’s just completed her very first photo story about the prostitutes in town, in which she asserts from the beginning what will remain the fundamentals of her practice: long-term involvement, immersion, respect, empathy. And nightlife fascinates her. She continues. She wanders the small streets in back of the Boulevard de Clichy, the ones that climb to Abbesses, rue Houdon, André Antoine, Lepic, and the rue des Martyrs… Transsexuals dot the streets, soliciting men for 100 francs. The bars here are holes in the wall, not for outsiders. The tourists stay down on the Boulevard. There’s warmth, happiness as well as violence in the air.
  
One day she sees two trans disappear into a building, she follows them. They’re very drunk, but not mean. She photographs them. That’s where this book begins. It brings together photographs that were taken over a period of a bit more than a year.

In the very beautiful text in which she recalls these days, Jane Evelyn Atwood writes: “I photographed the trans of Pigalle as I saw them, but I couldn’t photograph what they’re all about. Their lives are hard because they’re ridiculed, feared, ostracized, pushed to the margins by society –but even more so, because they’re so complicated. They have a sorrow deep within, too deep to capture with a camera, almost too far to reach with words. It’s private: a secret, even from them.”

Then AIDS hit in the 1980s. Many died, some moved to other neighborhoods, skinheads came down from the projects nearby to beat up the few trans who were left. It wasn’t safe for them to be in Pigalle. Then the law banned soliciting on the streets. With their departure, Pigalle, as it is recounted in this book full of compassion and lucidity, vanished.